C’est l’autre visage de la Côte d’Azur, dans le temps et dans l’espace. Quand vient l’automne et que les bruits des fêtes de l’été se sont évaporés comme les souvenirs au sortir d’une nuit d’ivresse, l’envie nous prend de découvrir d’autres chemins, plus authentiques et plus nature, favorisant d’autres rencontres, avec les gens d’ici et avec les vestiges, parfois grandioses, de la longue histoire du pays de Provence.

En laissant dans son dos le littoral et Cannes, une halte à Auribeau-sur-Siagne permet de tourner une première page et de se faufiler dans le XI e siècle. Par le portail du Soubran, on pénètre dans un autre monde : celui des portes et des fortifications pour bloquer les envahisseurs, les pillards et les épidémies (!), des maisons hautes et serrées, des voûtes et des fontaines, des linteaux sculptés et des ferrures… Point d’impression guerrière aujourd’hui ! Ici tout n’est que calme et sérénité, fleurs à humer et murs tièdes à caresser.

En dégringolant d’Auribeau, le Moulin de Sault peut être une étape, tout comme, sur la route de Grasse, le sanctuaire N.-D. de Valcluse, à quelques kilomètres de la capitale de la parfumerie et des plantes à parfum. Au fil des ans, Grasse retrouve l’éclat qui était le sien, forte de son statut d’ultime grande ville, avant le Comté de Nice, de cité religieuse et de centre économique prospère de la Provence Orientale.

Il faut lire "Le Parfum", du romancier allemand Patrick Süskind, avant d’aborder Grasse. Dans les ruelles penchées, écrasées par des maisons de guingois qui cachent des intérieurs de palais, l’impression n’en sera que plus forte tant l’atmosphère de ce qu’elle fut est encore prégnante, tant son histoire souffle entre les murs. Pourtant, aux côtés des témoignages d’un autre âge, des Rubens de la cathédrale, du "trou parfumé", souvenir d’une usine à parfum nichée dans la vieille ville, le présent s’écrit sur les façades rénovées. Les boutiques sont originales et pimpantes. La place aux Aires est fraîche et colorée. Le musée international de la parfumerie restauré et agrandi sous la houlette de l’architecte Frédéric Jung est un modèle d’audace, d’ancienneté et de modernisme. Le projet de funiculaire – qui existait au début du siècle dernier ! – entre la gare et le Cours Honoré-Cresp ancre définitivement dans le XXI e siècle une cité qu’il faut prendre le temps d’apprivoiser.
A cinq minutes de Grasse, par la route, se dresse Cabris, bien calé entre son pré légendaire et la place s’étirant devant l’ancien château qui permet à l’œil d’accrocher l’Estérel, le lac de Saint-Cassien et le littoral.

Mais il faut aller au-delà pour découvrir Spéracèdes où trône un moulin à huile doté d’une roue de 11 mètres de diamètres, et plus loin encore Saint-Cézaire-sur-Siagne.
C’est la terre de l’olivier, le grenier à grains des troupes de César et des riches Romains, le site de sédentarisation des hommes du néolithique, 9000 ans avant J.-C. 300 mètres en contrebas d’un village qui ressemble à une carte postale, à un concentré de Provence, tout en restanques planté d’oliviers, de chênes et de figuiers, coule la Siagne. Saisissement garanti. Car la nature se met de la partie pour offrir ses trésors du dessus et du dessous avec des grottes qui plongent dans les entrailles de la terre.

Voir le guide Gay Provence à Grasse : https://www.gay-provence.org/fr/b-429/grasse-et-vence.html