Antonio Serzedelo

Portugay et fier de l’être

Antonio Serzedelo fait partie d’une espèce rare, non pas en voie de disparition, mais (on l’espère) en voie d’apparition au Portugal. Dans ce pays où la religion, la rigidité de la tradition, le poids des conventions et le machisme ambiant sont un frein à l’expression des diversités sexuelles, Antonio fait office de précurseur, si ce n’est de prophète.

Cet homme de 60 ans, qui a su vivre son homosexualité au mépris des conventions sociales, à une époque (la dictature) où ce genre de fantaisie vous menait tout droit en prison et vous mettait au ban de la société dans le meilleur des cas, a eu le courage de militer pour la reconnaissance des gay, souvent au mépris de sa propre sécurité. Fondateur et président de l’association “Opus Gay” (référence ironique et irrévérencieuse à l’Opus Dei), il n’a cessé de travailler pour changer un peu la mentalité de ses compatriotes et l’image négative dont souffre toujours l’homosexualité au Portugal.

Dans cette guerre, Antonio a une technique éprouvée : la confusion des genres, qu’il manie comme une arme de déstabilisation. Par exemple, quand on lui demande de se définir, il n’hésite pas à se qualifier de “libertaire, libertin, libre, catholique, marié avec une femme et gay”. Une provocation qui a l’audace et l’intelligence de renvoyer les tenants officiels de la morale bon teint à leurs débats stériles. Ce professeur d’histoire aurait pu avoir une vie tranquille et rester discrètement dans l’ombre, comme l’immense majorité de ses semblables. Mais son goût pour la liberté et son mépris de l’injustice l’ont tout naturellement amené à la lutte contre toutes les discriminations. A la chute du fascisme au Portugal en 1974, il co-écrit le “Manifeste pour les libertés des minorités sexuelles”, premier essai portugais du genre. Même son statut très officiel de chef de cabinet du général Franco Charais au Conseil de la Révolution ne le fera pas rentrer dans le rang. Politiquement indépendant, cet activiste hautement subversif ne se laisse pas facilement impressionner. Il vit ses engagements sans faire de concessions, et se trouve souvent là où on ne l’attend pas (il fut un temps président du Comité des Droits Humains de la Palestine au Portugal).

Bien qu’il ait décidé de passer la main et de laisser la nouvelle génération prendre soin d’Opus Gay, il continue d’animer depuis 2000, “Vidas alternativas”, l’unique émission de radio gay du pays, dont il est par ailleurs le créateur. Régulièrement sollicité par les médias (il faut dire qu’il est un des rares gay sortis du placard), Antonio dit tout haut ce que peu de gens osent encore penser, même tout bas. Dans un pays où l’homosexualité cherche encore à conquérir sa visibilité, cet homme est un véritable conquérant des libertés et on espère qu’un jour, le Portugal lui rendra l’hommage qu’il mérite.

Antonio Serzedelo et la relève de l'Opus Gay

Plus d’infos sur Antonio et Opus Gay sur www.opusgay.org

Opus Gay

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